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Micro-entreprise ou SASU : le comparatif chiffré pour choisir en 2026

La question que se pose presque chaque créateur seul. La réponse ne dépend pas d'une préférence, mais de trois chiffres : votre chiffre d'affaires, vos frais réels et votre situation au moment de créer. Voici le calcul, pas à pas.

Par Yoane Butel
Mis à jour le 5 octobre 2026 · 8 min de lecture

L'essentiel en 30 secondes

  • Avec peu de frais, la micro-entreprise laisse en général plus d'argent en poche : sur 50 000 € de prestations libérales, environ 31 000 € contre 25 300 € en SASU payée en dividendes, dans notre exemple.
  • La SASU reprend l'avantage quand vos frais réels sont élevés : dans le même exemple, à partir d'environ 37 % du chiffre d'affaires.
  • Plafonds 2026 de la micro-entreprise : 83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente.
  • Créateur indemnisé par France Travail : la SASU sans rémunération permet en général de garder toute son allocation, la micro-entreprise la réduit selon votre chiffre d'affaires.

La réponse courte, selon votre profil

Plutôt micro-entreprise

  • Vous testez une activité ou démarrez à côté d'un emploi.
  • Vos frais réels sont faibles : un ordinateur, un logiciel, quelques déplacements.
  • Votre chiffre d'affaires restera sous les plafonds dans les deux ans.
  • Vous voulez le minimum de formalités et de coûts fixes.

Plutôt SASU

  • Vos frais réels dépassent environ un tiers de votre chiffre d'affaires.
  • Vous approchez ou dépassez les plafonds de la micro-entreprise.
  • Vous touchez l'allocation chômage et voulez la conserver en démarrant.
  • Vous prévoyez d'associer quelqu'un, de lever des fonds ou de travailler avec des grands comptes qui exigent une société.

Si vous hésitez, la règle la plus sûre est simple : commencer en micro-entreprise ne ferme aucune porte. On peut créer une SASU plus tard, quand les chiffres le justifient.

Les différences qui comptent

Micro-entrepriseSASU
Coût de créationGratuitEnviron 195 € de frais légaux, plus les statuts
Plafond de chiffre d'affaires83 600 € (services), 203 100 € (vente)Aucun
Cotisations socialesUn pourcentage du chiffre d'affaires : 12,3 % (vente), 21,2 % (services BIC), 25,6 % (libéral SSI)Seulement si le président se verse un salaire. Rien sur les dividendes.
Frais réelsNon déductiblesDéductibles du bénéfice
ImpôtImpôt sur le revenu, ou versement libératoire de 1 %, 1,7 % ou 2,2 % du chiffre d'affairesImpôt sur les sociétés (15 % jusqu'à 42 500 € de bénéfice, 25 % au-delà), puis 31,4 % sur les dividendes
ComptabilitéLivre des recettes et registre des achatsComptabilité complète, comptes annuels déposés au greffe
Coût annuel de gestionQuasi nulEnviron 1 200 à 1 500 € HT d'expert-comptable en ligne
Patrimoine personnelProtégé par la séparation automatique des patrimoines de l'entrepreneur individuelProtégé, responsabilité limitée aux apports

Deux points ne départagent pas les deux statuts, contrairement à une idée répandue. La franchise de TVA s'applique aux deux, avec les mêmes seuils : 37 500 € pour les services et 85 000 € pour la vente en 2026. Et la facturation électronique concerne aussi bien le micro-entrepreneur que la SASU.

Le calcul sur 50 000 € de chiffre d'affaires

Prenons une consultante en profession libérale non réglementée, affiliée à la sécurité sociale des indépendants. Elle facture 50 000 € par an et dépense 5 000 € de frais réels (matériel, logiciels, déplacements). Elle est sous le seuil de franchise de TVA dans les deux cas. Ce qu'elle garde, après cotisations et impôts :

Micro-entrepriseSASU, dividendes seuls
Chiffre d'affaires50 000 €50 000 €
Frais réels− 5 000 €− 5 000 €
Expert-comptable0 €− 1 500 €
Cotisations sociales (25,6 %) et formation (0,2 %)− 12 900 €0 €
Impôt sur les sociétésNon concerné− 6 625 €
Impôt sur le revenu− 1 100 € (versement libératoire 2,2 %)Inclus dans les 31,4 %
Prélèvement forfaitaire sur dividendes (31,4 %)Non concerné− 11 579 €
Reste en poche≈ 31 000 €≈ 25 300 €

À ce niveau de frais, la micro-entreprise laisse environ 5 700 € de plus par an. Et elle cotise pour la retraite, ce que la SASU payée uniquement en dividendes ne fait pas.

Les limites de ce calcul : il ignore la cotisation foncière des entreprises, due dans les deux cas, et suppose que le versement libératoire est accessible, ce qui dépend du revenu fiscal de référence du foyer. Sans lui, l'impôt sur le revenu porte sur 66 % du chiffre d'affaires, au barème du foyer. C'est un ordre de grandeur pour décider, pas une simulation personnelle.

À partir de quand la SASU devient rentable

En micro-entreprise, les cotisations portent sur le chiffre d'affaires, quels que soient vos frais. En SASU, l'impôt ne porte que sur le bénéfice. Plus vos frais sont élevés, plus la SASU rattrape son retard.

Dans notre exemple, les deux statuts s'équilibrent autour de 18 500 € de frais, soit environ 37 % du chiffre d'affaires. Avec 20 000 € de frais, la micro-entreprise laisse environ 16 000 €, la SASU environ 16 600 €.

Ce seuil change avec votre activité. En vente de marchandises, où les cotisations ne sont que de 12,3 %, la micro-entreprise reste avantageuse beaucoup plus longtemps, même avec un stock important. Faites le calcul avec vos propres chiffres avant de choisir : c'est l'exercice le plus rentable de votre création.

Protection sociale et retraite

C'est l'angle mort de beaucoup de comparatifs.

  • En micro-entreprise, chaque euro de cotisations ouvre des droits : maladie, retraite de base et complémentaire. Les trimestres de retraite sont validés selon le chiffre d'affaires déclaré.
  • En SASU, le président n'est protégé que s'il se verse un salaire. Il relève alors du régime général, comme un salarié, mais sans assurance chômage. Ce salaire coûte cher : en ordre de grandeur, la société débourse environ 1,8 € pour 1 € net versé. Payé uniquement en dividendes, le président ne cotise pas et ne valide aucun trimestre de retraite.

Le bon montage en SASU est donc souvent un mélange : un petit salaire pour la protection, le reste en dividendes. Le simulateur officiel de l'Urssaf, mon-entreprise.urssaf.fr, permet de tester les combinaisons.

Créer en touchant le chômage

Si vous percevez l'allocation de retour à l'emploi au moment de créer, c'est souvent le critère décisif.

  • En micro-entreprise, votre allocation est réduite chaque mois en fonction d'un revenu calculé sur votre chiffre d'affaires, après abattement.
  • En SASU, si le président ne se verse aucune rémunération, il déclare un revenu nul et conserve en général la totalité de son allocation. Il vit de ses droits au chômage pendant que la société se développe, et se rémunère plus tard.

Prévoyez une preuve de l'absence de rémunération (clause des statuts ou décision de l'associé unique) et faites valider votre situation par votre conseiller France Travail avant de vous lancer.

Autre point qui a changé : l'Acre, la réduction de cotisations des débuts, ne réduit plus les cotisations du micro-entrepreneur que de 25 % pour les créations depuis le 1er juillet 2026, contre 50 % auparavant. La demande doit être faite dans les 60 jours suivant la création.

Commencer en micro, passer en SASU ensuite

C'est le parcours le plus fréquent, et souvent le plus rationnel : tester l'activité au moindre coût, puis créer une société quand les chiffres le justifient.

  1. Surveillez deux seuils : 37 500 € pour la franchise de TVA en services, puis 83 600 € pour le régime micro. Le dépassement du plafond micro sur deux années consécutives fait sortir du régime.
  2. Préparez la SASU quelques mois avant : statuts, banque, domiciliation et expert-comptable.
  3. Créez la SASU, en suivant notre guide de création d'une SASU.
  4. Fermez la micro-entreprise sur le guichet unique de l'INPI, une fois les clients basculés.

Questions fréquentes

Micro-entreprise ou SASU : lequel paie le moins de charges ?

Avec peu de frais, la micro-entreprise. Ses cotisations portent sur le chiffre d'affaires (25,6 % en libéral, 21,2 % en services commerciaux ou artisanaux, 12,3 % en vente), mais elle n'a presque aucun coût fixe. La SASU payée en dividendes ne paie aucune cotisation, mais supporte l'impôt sur les sociétés, 31,4 % sur les dividendes et un expert-comptable.

Quel statut choisir pour un premier projet ?

Le plus souvent la micro-entreprise : création gratuite, comptabilité simple, coûts fixes quasi nuls. La SASU se justifie dès le départ si vos frais sont élevés, si vous touchez le chômage ou si vous prévoyez d'associer quelqu'un.

Peut-on cumuler une micro-entreprise et une SASU ?

Oui, rien ne l'interdit, à condition que les deux activités soient réellement distinctes. Faire passer la même activité par les deux structures pour rester sous les plafonds est risqué en cas de contrôle.

La SASU protège-t-elle mieux mon patrimoine ?

La différence est moins nette qu'avant. Depuis 2022, l'entrepreneur individuel, donc le micro-entrepreneur, bénéficie d'une séparation automatique entre patrimoine personnel et professionnel. La SASU reste plus lisible pour un banquier ou un partenaire.

Le président de SASU a-t-il droit au chômage ?

Non, il ne cotise pas à l'assurance chômage, même salarié. En revanche, un créateur qui touche déjà l'allocation au titre d'un emploi précédent peut en général la conserver en SASU s'il ne se rémunère pas.

Que se passe-t-il si je dépasse le plafond de la micro-entreprise ?

Un dépassement sur une seule année ne fait pas sortir du régime. C'est le dépassement deux années consécutives qui fait basculer au régime réel au 1er janvier suivant. C'est le bon moment pour envisager une société.

Sources

  1. Service-public, fiche F32353 « Micro-entreprise : seuils de chiffre d'affaires », mise à jour le 21 février 2026 : entreprendre.service-public.gouv.fr
  2. Décret n° 2025-943 du 8 septembre 2025 (taux de cotisations des micro-entrepreneurs libéraux) : legifrance.gouv.fr
  3. Décret n° 2026-69 du 6 février 2026 (taux d'exonération Acre) : legifrance.gouv.fr
  4. Urssaf, portail officiel des micro-entrepreneurs : autoentrepreneur.urssaf.fr
  5. Service-public, fiche F21746 « Franchise en base de TVA » : entreprendre.service-public.gouv.fr
  6. Service-public, fiche F36215 « Fiscalité de la SAS et des dividendes » : entreprendre.service-public.gouv.fr
  7. Service-public, fiche F36240 « Statut social du dirigeant » : entreprendre.service-public.gouv.fr
  8. Simulateur officiel de l'Urssaf : mon-entreprise.urssaf.fr
  9. France Travail, cumul de l'allocation avec une activité non salariée : francetravail.fr